Lettre de réanimation

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 1984

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Réanimateur Vixoun'

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MessageSujet: 1984   Sam 31 Mar - 5:47

Sans doute le plus connu des romans de Georges Orwell, peut-être à égalité avec La ferme aux animaux.

1984, c'est une anticipation de l'après guerre. Publié en 1949, il décrit un futur qui serait conditionné par une guerre atomique déroulée dans les années 50. Le roman parle donc de la situation politique dans l'Angleterre post-atomique et chacun sait qu'après une guerre atomique, il y aurait forcement la mise en place de régime totalitaire !

Comme d'habitude, je ne ferai pas un résumé plus détaillé que celui que je viens de faire mais vous livrerai simplement des extraits qui m'ont particulièrement marqués, tout à fait subjectivement.


Pour commencer, les trois slogans du parti unique de Londres.
Georges Orwell a écrit:
LA GUERRE C'EST LA PAIX
LA LIBERTE C'EST L'ESCLAVAGE
L'IGNORANCE C'EST LA FORCE

Le héros du livre s'appelle Winston. Lorsque le narrateur utilise "Il", c'est donc pour ce personnage.
Le passage qui suit devra être lié à un second, plus tard dans cet article. Je vous dirai quelques mots pour faire le trait d'union.
Georges Orwell a écrit:
Il réalisa alors, mieux qu'auparavant, pour quelle raison, exactement, il la détestait. Il la détestait parce qu'elle était jeune jolie et asexuée, parce qu'il désirait coucher avec elle et qu'il ne le ferait jamais, parce qu'autour de sa douce et souple taille qui semblait appeler un bras, il n'y avait que l'odieuse ceinture rouge, agressif symbole de chasteté.

Dans le passage suivant, Winston écoute la logorrhée d'un de ses collègues de bureau qui encense le parti unique de Big Brother, l'Angsoc.
Georges Orwell a écrit:
Tandis qu'il regardait le visage sans yeux dont la mâchoire manoeuvrait rapidement dans le sens vertical, Winston avait l'étrange impression que cet homme n'était pas un être humain réel, mais quelque chose comme un mannequin articulé : ce n'était pas le cerveau de l'homme qui s'exprimait, c'était son larynx. La substance qui sortait de lui était faite de mots, mais ce n'était pas du langage dans le vrai sens du terme. C'était un bruit émis en état d'inconscience, comme le caquetage d'un canard.

Parsons et Syme sont deux autres collègues de Winston. La créature sans yeux renvoie au premier collègue, celui de l'extrait précédent.
La double-pensée est une forme de rhétorique propre au système totalitaire de l'Angsoc ; je chercherai un passage vous l'expliquant.
Georges Orwell a écrit:
Il apparaissait qu'il y avait même eu des manifestations pour remercier Big Brother d'avoir augmenté jusqu'à vingt grammes par semaine la ration de chocolat.
Et ce n'est qu'hier, réfléchit [Winston], qu'on a annoncé que la ration allait être réduite à vingt grammes par semaine. Est-il possible que les gens avalent cela après vingt-quatre heures seulement ? Oui, ils l'avalaient. Parsons l'avalait facilement, avec une stupidité animale. La créature sans yeux de l'autre table l'avalait passionnément, fanatiquement, avec un furieux désir de traquer, de dénoncer et de vaporiser quiconque s'aviserait de suggérer que la ration était de trente grammes, il n'y avait de cela qu'une semaine. Syme lui aussi avalait cela, par des cheminements, toutefois, plus complexes qui impliquaient la double-pensée. Winston était-il donc le seul à posséder une mémoire ?
Peut-être comme moi êtes-vous outré par le manque de discernement de ses gens et pensez-vous de prime abord que l'auteur exagère les pouvoirs abêtissants du parti. Mais en y réfléchissant un peu plus, ne vivons-nous pas cela au quotidien, toutes proportions gardées ? Lorsque nos hommes et femmes politiques changent d'avis en fonction du vent des sondages et qu'aucune presse, aucun média ne nous rapporte ces changement d'opinion, n'est-ce pas prendre les citoyens pour les imbéciles qu'ils sont ? Et pourtant, on continue de voter pour eux...


Extrait d'un "manuel d'Histoire à l'usage des enfants" autorisé par le parti.
Georges Orwell a écrit:
C'étaient des hommes gras et laids, aux visages cruels, comme celui que vous voyez sur l'image de la page ci-contre. Vous pouvez voir qu'il est vêtu d'une longue veste noir appelée redingote et qu'il est coiffé d'un étrange chapeau luisant, en forme de tuyau de poêle, qu'on appelait haut-de-forme. C'était l'uniforme des capitalistes, et personne d'autre n'avait la permission de le porter.
Les capitalistes possédaient tout et tous les autres hommes étaient leurs esclaves.

Petite pensée à méditer :
Georges Orwell a écrit:
Il se demanda, comme il l'avait fait plusieurs fois déjà, s'il n'était pas lui-même fou. Peut-être un fou n'était-il qu'une minorité réduite à l'unité.

Dans l'extrait qui suit, la femme dont il est question est la même que pour le deuxième passage que je vous ai cité et dont je devais faire le lien. Voici qui est fait.
Simplement pour plus de précision, la femme joue double-jeu et elle est tombée amoureuse de Winston. C'est leur première rencontre seule à seul.
Georges Orwell a écrit:
Le coeur de Winston bondit. Elle l'avait fait des vingtaines de fois. Il aurait voulu que ce fût des centaines, des milliers de fois. Tout ce qui laissait entrevoir une corruption l'emplissait toujours d'un espoir fou. Qui sait ? Peut-être le Parti était-il pourri en dessous ? Peut-être son culte de l'abnégation et de l'énergie n'était-il simplement qu'une comédie destinée à cacher son iniquité ? Si Winston avait pu leur donner à tous la lèpre ou la syphilis, comme il l'aurait fait de bon coeur ! N'importe quoi qui pût pourrir, affaiblir, miner. Il l'attira vers le sol et ils se trouvèrent à genoux, face à face.
« Ecoute. Plus tu as eu d'hommes, plus je t'aime. Comprends-tu cela ?
— Oui. Parfaitement.
— Je hais la pureté. Je hais la bonté. Je ne voudrais d'aucune vertu nulle part. Je voudrais que tous soient corrompus jusqu'à la moelle. Aimes-tu l'amour ? Je ne veux pas parler simplement de moi, je veux dire l'acte lui-même.
— J'adore cela. »
C'était par dessus tout ce qu'il désirait entendre. Pas simplement l'amour qui s'adresse à une seule personne, mais l'instinct animal, le désir simple et indifférencié. Là était la force qui mettrait le Parti en pièces.
[...]
Leur embrassement avait été une bataille, leur jouissance une victoire. C'était un coup porté au Parti. C'était un acte politique.

Voici un extrait du livre interdit, écrit par Emmanuel Goldstein, personnage mystérieux connu pour être le chef de la résistance au Parti. Winston a réussit à se le procurer.
Georges Orwell a écrit:
THEORIE ET PRATIQUE DU COLLECTIVISME OLIGARCHIQUE
par Emmanuel Goldstein

[...]
Chapitre 1
L'IGNORANCE C'EST LA FORCE


Au cours des époques historiques, et probablement depuis la fin de l'âge néolithique, le monde a été divisé en trois classes. La classe supérieure, la classe moyenne, la classe inférieure. Elles ont été subdivisées de beaucoup de façons, elles ont porté d'innombrables noms différents, la proportion du nombre d'individus que comportait chacune, aussi bien que leur attitude vis-à-vis les unes des autres ont varié d'âge en âge. Mais la structure essentielle de la société n'a jamais varié. Même après d'énormes poussées et des changements apparement irrévocables, la même structure s'est toujours rétablie, exactement comme un gyroscope reprend toujours son équilibre, aussi loin qu'on le pousse d'un côté ou de l'autre.
[...]
Les buts de ces trois groupes sont absolument inconciliables. Le but du groupe supérieur est de rester en place. Celui du groupe moyen, de changer de place avec le groupe supérieur. Le but du groupe inférieur, quand il en a un — car c'est une caractéristique permanente des inférieurs qu'ils sont trop écrasés de travail pour être conscients, d'une façon autre qu'intermittente, d'autre chose que de leur vie de chaque jour — est d'abolir toute distinction et de créer une société dans laquelle tous les hommes seraient égaux.
[...]
Des trois groupes, seul le groupe inférieur ne réussit jamais, même temporairement à atteindre son but. Ce serait une exagération que de dire qu'à travers l'histoire il n'y a eu aucun progrès matériel. Même aujourd'hui, dans une période de déclin, l'être humain moyen jouit de conditions de vie meilleures que celles d'il y a quelques siècles. Mais aucune augmentation de richesse, aucun adoucissement des moeurs, aucune réforme ou révolution n'a jamais rapproché d'un millimètre l'égalité humaine. Du point de vue de la classe inférieure, aucun changement historique n'a jamais signifié beaucoup plus qu'un changement du nom des maîtres.
[...]
Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d'êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s'instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s'apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n'a aucune raison d'être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n'était possible que sur la base de la pauvreté et de l'ignorance.
Désolé pour la longueur que vous jugerez probablement excessive de ce passage, mais je l'ai trouvé tellement vrai et tellement d'actualité que je n'ai pas réussi à l'abréger. Mes enfants, si vous avez compris cela, rejoignez-moi et ensemble fomentons une révolte, ourdissons la Révolution !


Une autre petite réflexion à méditer. Dans le livre elle est davantage détaillée, chapitre IX.
Georges Orwell a écrit:
L'acte essentiel de la guerre est la destruction, pas nécessairement de vies humaines, mais des produits du travail humain.

Une dictature, un pouvoir tyranique peut-il aller aussi loin ?
Georges Orwell a écrit:
Il comprit que lorsque l'on désirait garder un secret on devait aussi se le cacher à soi-même. On doit savoir qu'il est toujours là, mais il ne faut pas, tant que ce n'est pas nécessaire, le laisser émerger dans la conscience sous une forme identifiable. A partir de ce moment, il allait, non seulement penser juste, mais sentir juste, rêver juste. Et pendant ce temps, il garderait sa haine enfermée en lui comme une boule de matière qui serait une part de lui-même et n'aurait cependant aucun lien avec le reste de lui-même, comme une sorte de kyste.
On déciderait un jour de le fusiller. On ne pourrait savoir à quel instant la balle allait vous frapper mais il devait être possible, quelques secondes auparavant, de le deviner. C'était toujours par derrière, alors qu'on longeait un corridor. Dix secondes suffiraient. En dix secondes, son monde intérieur pourrait se retourner. Et soudain alors, sans un mot prononcé, sans un arrêt de son pas, sans qu'un muscle de son visage ne bouge, le masque serait jeté et, bang ! les batteries de sa haine lanceraient leur décharge.
La haine le remplirait comme une énorme flamme mugissante et, presque instantanément, bang ! partirait la balle. Trop tard, ou trop tôt. Ils auraient fait éclater son cerveau en morceaux avant de pouvoir le reprendre. La pensée hérétique serait impunie et lui, impénitent, à jamais hors de leur atteinte. En le fusillant, ils creuseraient un trou dans leur propre perfection. Mourir en les haïssant, c'était ça la liberté.

Et pour finir, je vous ai cherché une explication de la double-pensée, dans l'appendice du roman qui parle du Novlangue, le dialecte inventé par le Parti afin qu'aucune idée non-orthodoxe ne puisse être exprimée.
Georges Orwell a écrit:
D'autres mots [du novlangue], eux, étaient bivalents et ambigus. Ils sous-entendaient le mot bien quand on les appliquait au Parti et le mot mal quand on les appliquait aux ennemis du Parti [...].
[Par exemple] le mot novlangue : canelangue, qui signifie « Faire coin-coin comme un canard ». Le mot canelangue [...] avait un double sens. Pourvu que les opinions émises en canelangue fussent orthodoxes, il ne contenait qu'un compliment, et lorsque le Times parlait d'un membre du Parti comme d'un boubleplusbon canelangue, il lui adressait un compliment chaleureux qui avait son poids.
Mais le concept de double-pensée ne s'arrête pas au vocabulaire. Il s'agit aussi d'un état d'esprit selon lequel deux opinions opposées qui ne peuvent être conciliées en même temps demeurent valident simultanément dans la tête d'un bon orthodoxe du moment que ces deux opinions contradictoires sont profitables au Parti.

Bref, pour finir.
Si j'ai été long sur ce bouquin, c'est qu'il s'agit de bien plus qu'un simple roman. C'est un ouvrage politique qui en apprend plus sur les rouages des partis et des régimes que n'importe quels manuels didactiques.
C'est un roman qui change la vie, comme très peu de romans peuvent le faire et c'est un livre de référence qu'il faut avoir lu et dont il faut garder le souvenir.
Avant de mettre votre bulletin dans l'urne, pensez à Winston, à O'brien et à Big Brother.

BIG BROTHER VOUS REGARDE,
Alors lisez ce livre !
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MessageSujet: Re: 1984   Dim 1 Avr - 13:21

Ce livre est un chef d'oevre, un roman a lire et a relire. Tres bon resumé, je ne serais quoi rajouter, si peut etre:

"Au futur ou au passé, au temps où la pensée est libre, où les hommes sont dissemblables mais ne sont pas solitaires, au temps où la verité existe, où ce qui est fait ne peut etre défait,
De l'age de l'uniformité, de l'age de la solitude, de l'age de big brother, de l'age de la double pensée,
Salut!"

extrait de 1984, page 45

Big Brother est là! il nous oblige a lire ce livre...

ps: je voulais mettre la couverture de livre, mais j'y arive pas Neutral ,tampis
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Réanimateur Vixoun'

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MessageSujet: Re: 1984   Dim 1 Avr - 16:15

C'est vrai que ce passage est parlant.
Il faut alors ajouter qu'il s'agit d'un extrait du journal que Winston commence à écrire en toute illégalité. Il pense d'ailleurs à propos de son journal :
Winston a écrit:
Le crime de penser n'entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort.

Pour ce qui est des images, Cyril, je te renvoie à cette page où j'ai tenté d'expliquer, plutôt mal que bien, comment les insérer.

Pour les citations, tu peux également mettre le texte à citer entre les balises suivante :
Code:
 [ q u o t e ]  et  [ / q u o t e ]  sans les espaces, bien sûr.
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